L’Azerbaïdjan iranien

Une fois n’est pas coutume, c’est Lola qui vous raconte comment s’est passé notre premier “vrai” passage de frontière ! Celui pour entrer en Iran !

Frontière IranIran - Azerbaidjan

Le portail du côté turc s’ouvre, maman doit désormais porter un foulard sur la tête dès qu’elle est en public et par solidarité je fais pareil !  Nous avançons quelques mètres avec Merlin puis nous rentrons à pied dans le bâtiment de gauche par un petit escalier où les marches sont abimées. A l’intérieur, il y a un couloir avec deux bureaux, puis on arrive dans un grand hall avec un scanner pour bagages et une immense table en forme de « u » où les douaniers fouillent certains sacs des passagers.

Nous nous dirigeons à gauche là où tous les gens font tamponner leur passeport pour entrer en Iran. Il n’y a que des hommes. Je ne vois aucun enfant et une seule femme. On nous fait signe d’aller dans le grand bureau sur la droite où une secrétaire nous reçoit. Elle parle très bien anglais. Elle consulte nos passeports et les donne à son collègue pour les faire tamponner. Puis elle nous pose quelques questions (ex : combien de temps allez-vous rester en Iran ? Quel est votre métier ? Avez-vous des amis en Iran ? ….) Ensuite, elle nous explique la procédure pour le carnet de passage en douane (les papiers du véhicule), nous dit où changer de l’argent et à quel taux, et où prendre une assurance pour le véhicule. Elle nous dit aussi qu’on peut tout faire tout seuls ou bien se faire aider d’un facilitateur qu’il faudra alors payer entre 5 et 10€. Avant de partir, elle nous donne quelques dépliants touristiques sur la région.

Nous nous dépêchons car Merlin gène les cars pour avancer. Pablo et maman restent au camping-car pendant que papa et moi repartons pour faire les démarches seuls. Un monsieur qu’on prend pour un douanier nous conduit vers la gauche toujours dans le hall à un petit bureau. Papa lui donne son passeport et le carnet de passage en douane, puis le monsieur (qui en fait n’est pas un douanier, ce qui explique pourquoi il ne s’est pas assis sur le fauteuil et n’a pas utilisé l’ordi…) lui demande la photocopie de son visa et de la page principale de son passeport. Chose faite, il nous amène dans les bureaux du couloir. Là, il donne les photocopies et le carnet à un monsieur en costume bleu foncé qui a deux bandes jaunes dessus. Debout, nous attendons un sacré moment et le «  faux douanier » revient en nous disant qu’il veut les quatre passeports et que nous devons le suivre. Nous faisons ce qu’il dit et il se met à discuter dans le hall avec un autre monsieur. Papa et moi nous nous asseyons sur la grande table et regardons un douanier et un voyageur en train de se disputer. A la fin, le douanier a mis le gars dehors et a gardé ses bagages.

Je crois que le faux douanier (c’est comme cela que je l’appellerai dorénavant) ne se souciait plus de nous car quand papa m’a parlé j’ai eu l’impression qu’il s’est souvenu que nous étions là. Il nous dit alors de le suivre et nous retournons à l’endroit de tout à l’heure où il nous redonne nos passeports. Ça n’a servi strictement à rien car il n’a rien fait de nos passeports à part les avoir dans la main.

Ça y est ! Le carnet de passage en douane est rempli et le monsieur nous pose quelques questions notamment sur l’école. Il se demande pourquoi à cette heure-ci je ne suis pas en cours et papa essaie de lui expliquer.

Le faux douanier nous présente un mec qui est soi-disant le monsieur pour l’assurance. Alors nous le suivons et il monte dans Merlin devant avec papa. Nous roulons et nous nous arrêtons devant un bâtiment orangé situé à gauche derrière les camions, mais à l’entrée ce n’est pas marqué « Iran insurance » comme nous l’a précisé la secrétaire. Bon, on y va quand même et le gars nous enregistre puis nous dit que l’assurance coute 95€ par mois. Papa explique tranquillement en anglais qu’il connait d’autres touristes qui sont venus en Iran et qui ont payé beaucoup moins cher, il ne voit pas pourquoi nous on paierait ce prix-là. Le gars fait oui de la tête et change de sujet, il dit qu’il peut nous faire du change à 40 000 rials pour 1€. Papa lui dit que le change est à 46 000 et que du coup il ne veut pas de son aide et va trouver une autre assurance…

Nous retournons au camping-car mais il continue de nous suivre. Pas le choix de lui fermer la porte au nez.  Nous roulons en suivant les indications de maman pour trouver le bâtiment officiel pour l’assurance. Nous y sommes enfin. Nous nous adressons à une des secrétaires et elle commence à remplir des papiers. Soudain le gars de tout à l’heure arrive et reste derrière nous sans rien dire. La secrétaire nous dit que c’est impossible de continuer les papiers car nous sommes déjà enregistrés ailleurs… Papa lui explique qu’il veut absolument être assuré ici et pas ailleurs ! Le gars commence alors à parler à la dame et au patron qui venait d’arriver. Bien sûr nous ne comprenons rien. Nous nous asseyons pour attendre et une dame nous propose un café…

Le gars vient pour nous parler et commence en disant « my friend… ». Papa commence à s’énerver et lui crie dessus (toujours en anglais)  « tu n’as rien a faire là, sois tu sors sois je te fais sortir ! OK ? ». Il ne se le fait pas dire deux fois et il s’en va. Le patron fait un petit signe de tête à papa pour lui dire qu’il a bien fait. Nous attendons encore un bon moment et pendant ce temps je vais prévenir maman quelle peut faire à manger !

Papa revient avec une jolie pochette contenant l’assurance et 100€ qu’il a changés, ce qui nous fait 4,6 millions de rials !  Tout ça nous a pris une bonne heure et demie ! Nous pouvons enfin passer la barrière et nous voilà vraiment en Iran !

Frontière Iran (2)

Premier arrêt quelques kilomètres après la frontière : une station-service. En effet, en Iran nous n’attendrons jamais d’être à vide car toutes les voitures roulent à l’essence donc la majorité des stations-services n’ont pas de diésel. Celles qui en ont se trouvent à l’extérieur des villes et sur les grands axes afin de ravitailler les camions et les bus… Et ce n’est pas tout, il faut avoir une carte pour se servir à la pompe alors soit c’est un chauffeur poids-lourd qui met la sienne soit la plupart du temps le pompiste met sa carte et vous fait le tarif étranger, le double de ce qu’eux payent : 6000 rial/litre soit 0.13€ ! Le plein pour 10€ ça le fait quand même !

Le temps est très couvert et lorsque nous empruntons une petite route de montagne, c’est un brouillard à couper au couteau qui tombe d’un seul coup !

Eglise St Thadée (2)

Heureusement nous ne croisons pas grand monde et nous arrivons juste avant la nuit à notre premier bivouac : l’église St Thaddée. Et oui, une église, ça nous change des mosquées ! Il y en a plusieurs dans la région où nous sommes : l’Azerbaïdjan iranien. Ce sont des églises arméniennes, celle-ci est la plus ancienne et date du VIIème s. Elle est en cours de restauration. Sur ce parking nous faisons nos premières rencontres furtives avec des touristes iraniens qui prennent en photo le camping-car et surtout Voyou ! Nous recevons aussi notre premier cadeau (une sorte de pâte de fruits) et notre première invitation mais sur Téhéran et nous n’avons pas prévu d’y aller… En tout cas comme on nous l’avait prédit, l’hospitalité iranienne n’est pas une légende !

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Le lendemain, nous nous promenons à pied tout autour, dans les montagnes désertiques. Les vues sont superbes. A cette période de l’année, seuls les moutons trouvent à manger par ici.

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Ca fait du bien d’être au grand air mais Il fait vraiment froid ces jours-ci et nous sommes contents de rentrer prendre un thé au chaud dans Merlin. Depuis les montagnes turques déjà, notre chauffage tourne toutes les nuits pour maintenir 17° au petit matin. C’est agréable quand tout fonctionne bien dans ce camion ! (je n’évoque pas le problème de batterie qui perdure, ni les éternelles bulles d’air dans le circuit d’alimentation de la gazinière… Ah tiens, il pleut, on se rend compte qu’un velux fuit !! grrr…)

Même avec des disfonctionnements, notre maison roulante est luxueuse quand on voit l’état des maisons du petit village d’à côté. Cela permet de relativiser. Nous ne sommes pas encore en hiver, comment font ces gens pour vivre ici toute l’année dans des conditions climatiques extrêmes…

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Nous prenons la route pour Tabriz, une des plus grandes villes du pays (1.2 millions d’habitants). On est parti un peu tard et on y arrive de nuit, pas l’idéal. Surtout qu’on a lu plusieurs blogs de voyageurs décrivant la circulation anarchique de cette grande agglomération, alors on appréhende un peu. Mais finalement on gère pas mal la situation ! Moi en tant que co-pilote pour éviter à tout prix le centre-ville que le GPS s’obstine à vouloir nous faire prendre, Miguel pour sa grande concentration à éviter les voitures ou deux-roues qui déboulent de chaque côté ou qui changent de file à la dernière seconde (personne ne sait se servir du clignotant ici!), et les enfants pour leur silence extrêmement apprécié dans ce genre de situation ! Heureusement que nous avons un bivouac tout trouvé (toujours grâce à l’application Ioverlander). C’est assez rare pour le souligner : ici la ville met à disposition gratuitement un parc pour voyageurs. C’est une aire de camping au pied d’un bâtiment administratif qui est clos et surveillé 24h/24 à 4km du centre-ville. Il y a de la pelouse avec des espaces abrités pour pique-niquer, des appareils pour faire du sport, de l’eau, des sanitaires ! Et c’est silencieux la nuit !

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Le lendemain, nous prenons le taxi pour nous emmener dans le centre de Tabriz, pour la somme pharaonique de 70 000 rials (soit 1.50€). Nous découvrons la fameuse mosquée bleue. Elle est réputée pour la qualité de ses dessins en céramique émaillée. Mais elle a été sérieusement endommagée par le tremblement de terre de 1727 dont elle garde les traces.

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Le musée de l’Azerbaidjan présente de très belles pièces datant pour certaines de 4000 ans avant notre ère !

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Une belle surprise nous attend au sous-sol puisqu’il y a une exposition de statues d’un artiste local, Ahad Hosseini. Ses sculptures sur le thème de la vie sont immenses et plutôt surprenantes. En plus nous apprenons qu’il a réalisé les 60 premières marionnettes des Guignols de l’Info !

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L’estomac des enfants crie famine alors nous filons manger au cœur du grand bazar. Une gargote à l’étage, un cuisinier super sympa et des brochettes kébab délicieuses pour 5 € l’addition, parfait !

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Nos forces retrouvées nous pouvons maintenant parcourir le bazar dans tous les sens ! C’est un vrai labyrinthe,  “on est déjà passé par là je te dis !” Normal il s’étend sur 75 hectares et couvre 36 km de ruelles ! On y trouve absolument tout et notamment de très beaux tapis qui font la renommée de la ville. On y observe de vraies scènes de vie, au rythme des “Ya allah, ya allah” criés par les porteurs de marchandises ou pousseurs de charriots souvent surchargés. Nous ne sommes pas interpelés sans cesse pour acheter comme on peut le vivre dans les souks des pays du Maghreb, et c’est très appréciable ! En revanche nous sommes sans arrêt salués très chaleureusement par les Iraniens, ils nous demandent d’où l’on vient et repartent en nous disant : “Welcome to Iran” ! 20 fois par jour !

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Nous quittons l’agitation de la ville pour nous rendre dans un petit village touristique non loin de là : Kandovan.

Ici les maisons troglodytes ne sont pas sans rappeler les cheminées de fée de la Cappadoce turque. L’érosion a formé de drôles de cônes dans la montagne et les hommes les ont creusés pour s’en servir d’habitation. Mêmes si certaines maisons sont désormais transformées en boutiques pour touristes, le village est toujours habité et les champs autour cultivés. Nous y achetons un excellent miel.

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Dans cette région, les femmes portent des tchadors aux motifs colorés, beaucoup moins austères que les noirs traditionnels. Pour Lola et moi nous pouvons nous contenter d’un foulard sur les cheveux, comme le font d’ailleurs de nombreuses iraniennes. Bien sûr il nous faut rester également jambes et bras couverts, ce qui n’est pas dérangeant tant qu’il ne fait pas chaud comme en ce moment, mais je n’ose pas imaginer en plein été !

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Le soir, alors que nous terminons une partie de scrabble avec Lola nous sentons le camping-car tanguer de droite à gauche. On rouspète Pablo qui vient d’aller se coucher car il fait souvent le bazar dans son lit le soir. Il nous jure que ce n’est pas lui mais on ne le croit pas et on lui dit de se tenir tranquille et de dormir. Le lendemain matin, nous apprenons qu’il y a eu un gros tremblement de terre à 500 km de là, près de la frontière irakienne. C’est donc ça que nous avons ressenti hier soir… Plates excuses pour Pablo. Et beaucoup de compassion pour toutes ces familles touchées. L’Iran est malheureusement régulièrement frappé par des séismes. Nous voyons l’aide s’organiser très vite avec de nombreux points de collecte un peu partout dans les villes et nous croisons de nombreux véhicules du Croissant Rouge ou de gros camions chargés portant de grandes banderoles.

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@ bientôt dans la région du Kurdistan…

2 commentaires sur « L’Azerbaïdjan iranien »

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