Yazd : une oasis dans le désert

A mi-chemin entre Ispahan et Yazd, sur une route bordée de paysages désertiques, se trouve Na’in, petite ville dont le vieux centre est un avant-gout de ce que nous verrons ensuite à Yazd : dédale de ruelles et bâtisses en pisé. Mais ici les moyens financiers ne sont pas les mêmes et à part la vieille mosquée et quelques bâtiments, la plupart des vieilles maisons en pisé sont malheureusement laissées à l’abandon.

Na'in (6)Na'in (67) Na'in (8)Na'in (35)Na'in (51)Na'in (60)Na'in (66)

Nous entrons dans une jolie mosquée aux murs recouverts de miroirs à facettes. Les femmes doivent porter le tchador et entrer par une porte spécifique. A l’intérieur, leur partie est également séparée par des paravents pour que les hommes ne se déconcentrent pas de leurs prières…

Na'in (19)Na'in (33)

Na'in (23)Na'in (25)Na'in (27)Na'in (20)

Dans la rue, un monsieur nous interpelle pour nous faire visiter son atelier. Il fabrique des gaz ! Je vous épargne les bons jeux de mots des enfants à ce sujet…on en entend parler depuis Ispahan dont c’est la spécialité ! Il s’agit d’une gourmandise semblable au nougat mais en beaucoup plus sucrée, avec des morceaux de pistaches et parfumée à l’eau de rose !

Na'in (41)Na'in (45)

Avant d’arriver à Yazd, nous faisons une pause au pied des dunes qui l’entourent.

Yazd (4)Yazd (16)Yazd (24)Yazd (13)Yazd (12)

Les nuits sont vraiment froides mais la journée le soleil brille et pour la première fois depuis longtemps nous pouvons faire école dehors. Enfin pour Pablo car Lola, elle, préfère toujours son petit intérieur.

Yazd (8)Na'in (3)

Aujourd’hui c’est le 1er décembre et les enfants sont heureux de piocher leur premier bonbon dans le calendrier de l’Avent que nous avons fabriqué nous-mêmes. En effet, parmi nos activités diverses du mercredi, Lola nous a organisé une matinée couture pour réaliser ce calendrier qu’elle avait parfaitement en tête :

Réalisation calendrier Avent (2)Yazd (31)Yazd (5)

Malheureusement, la joie est de courte durée car nous recevons une mauvaise nouvelle de France. Pierre, un proche ami de mes parents que je connais depuis toute petite est décédé cette nuit. Il luttait depuis plusieurs années contre la maladie, alors on se dit qu’au moins maintenant il ne souffre plus. Mais c’est dur quand même et on pense beaucoup à sa femme, ses enfants et petits-enfants. Dans ces moments là, on aimerait tellement se téléporter en France et pouvoir pleurer à leurs côtés…Triste

Cela nous permet de bien relativiser nos petits problèmes du quotidien car c’est la période que choisit Merlin pour recommencer à nous faire ch… En effet, une de nos batteries ne tient plus la charge (alors qu’elle n’a même pas un an), la plaque de cuisson démarre quand elle peut car il y a à nouveau des bulles d’air dans le tuyau d’alimentation et pour combler le tout c’est le chauffage qui ne fonctionne plus (donc l’eau chaude non plus)… Mais bon, y’a plus grave…

Nous arrivons à Yazd où nous trouvons sans peine le bivouac répertorié en plein centre historique : le parking d’un petit hôtel où sont déjà garés deux gros véhicules de voyageurs. De la compagnie : nous en avons besoin pour nous changer les idées …

Yazd (33)

Nous faisons ainsi la connaissance de Olivia et Olivier dits “les Olives”, qui sont nomades depuis plusieurs années ! Ils ont bossé un certain temps en Australie, et avec leur camion ils ont traversé une bonne partie de l’Asie, la Chine, la Mongolie et reviennent des pays en –stan. Et comme le monde des voyageurs est petit, ils avaient croisé le chemin de la famille Bringel au Népal il y a quelques années, ceux-là même à qui nous avons rendu visite en mars en Savoie !

Yazd (157)

Et puis nous rencontrons aussi Sophie et Yann qui démarrent un périple de 4 mois à travers l’Asie en sac à dos. Nous formons une sympathique petite troupe et passons d’agréables moments à papoter. Lola prend beaucoup de plaisir à discuter avec les filles (elle se sent plus “grande” me dit-elle) et Pablo trouve de grands copains avec qui jouer ! Ces moments où nous sortons de notre vase clos familial nous font toujours beaucoup de bien.

Yazd (85)Yazd (91)Yazd (152)Yazd (156)

Entre deux “vrais” cafés servis par Olivier (merci car nous n’avons plus que du Nescafé!), Miguel se charge de faire les démarches pour la prolongation de nos visas. Aucune difficulté, nous pouvons donc rester un mois de plus en Iran ! Nous voilà rassurés car nous ne sommes pas encore arrivés tout en bas, les distances sont grandes et les sites d’intérêt nombreux ! Et puis nous pourrons ainsi passer un peu de temps sur l’île de Queshm, au sud du pays, avant de nous rendre aux Emirats Arabes Unis.

D’ici là, nous pouvons donc prendre le temps de parcourir la ville dont les petites rues labyrinthiques bordées de murs en pisé sont vraiment photogéniques. On a l’impression de se promener dans un décor de film, et les couleurs changent en fonction de l’heure de la journée…

Yazd (50)Yazd (178)Yazd (179)Yazd (88)

Au coucher du soleil, l’idéal est de monter sur les toits pour admirer la vue :

Yazd (95)Yazd (100)Yazd (102)Yazd (104)Yazd (80)

Les grandes tours carrées qui émergent un peu partout dans la ville sont des badgirs ou “tours du vent”. Sortes de cheminées avec des fentes sur les côtés, elles captent le moindre souffle de vent et permettent ainsi de rafraichir les maisons (seules ou couplées à une réserve d’eau qui alimente des canaux). Une climatisation écologique !

Yazd (175)Yazd (53)Yazd (160)Yazd (67)

Les portes des anciennes maisons étaient équipées de deux heurtoirs de formes différentes, l’un pour les hommes et l’autre pour les femmes. Le son du heurtoir étant différent, l’hôte connaissait donc le sexe du visiteur avant même d’ouvrir la porte …

Yazd (168)Yazd (161)Yazd (162)Yazd (164)

La belle mosquée du vendredi s’illumine le soir venu :

Yazd (34)Yazd (37)Yazd (149)

La place centrale également :

Yazd (64)Yazd (59)Yazd (70)

Le bazar est très animé le matin et le soir très tard, mais entre 14h et 18h c’est l’heure de la sieste !

Yazd (169)Yazd (172)Yazd (66)Yazd (73)Yazd (78)

Nous assistons aussi à une séance d’entrainement de lutte. En entrant dans la “maison de la force” ou Zurkhaneh, ça sent la testostérone ! Nous pensions voir des combats mais non, il s’agit de séances d’échauffements, d’étirements et d’exercices de musculation collectifs. Le tout au rythme de tambours et de chants patriotiques.

Yazd (110)Yazd (119)Yazd (124)Yazd (111)

Autre particularité de la région: les tours du silence. Dans le Zoroastrisme, l’ancienne religion de l’empire Perse, il ne fallait pas souiller la terre avec les cadavres. On construisait donc des plateformes en haut des montagnes pour y déposer les morts et laisser les vautours faire leur travail… Cette pratique a été interdite au cours du 20ème siècle seulement. Il existe toujours une communauté d’environ 100000 Zoroastriens dans la région.

Yazd (186)Yazd (187)

Nous quittons les copains, chacun reprend sa route. Mais une rencontre peut en cacher une autre… Alors que nous sommes garés à l’extérieur de la ville pour attendre que le magasin de batteries ouvre, Hamid qui parle très bien anglais vient nous inviter chez lui. Nous tentons bien d’appliquer le ta’arof (ensemble de règles qui régissent le savoir-vivre en Iran) en pratiquant la coutume qui consiste à refuser 3 fois une invitation pour être sûr que c’est sincère ! Mais il insiste et quand Miguel lui dit que d’abord il doit aller chercher une batterie, Hamid se propose de l’emmener avec sa voiture pour éviter de retourner en ville avec le camping-car. Toujours prêts à rendre service ces iraniens, c’est vraiment quelque chose… Nous arrivons donc chez Hamid qui nous présente sa femme Fouzieh et ses deux grands garçons qui font des études (médecine et architecture). Hamid est professeur en pharmacologie et fait des conférences dans tout le pays, mais aussi en Turquie et en Europe.

Yazd (199)Yazd (198)

Une fois de plus nous sommes aux petits soins dans cette famille. Nous nous étions dit que cette fois nous dormirions dans le camping-car mais franchement il fait tellement bon dans leur salon et tellement froid la nuit dans Merlin depuis qu’on n’a plus de chauffage, que finalement nous acceptons l’offre…

Yazd (189)Yazd (196)Yazd (193)

Ils reçoivent les chaines satellitaires et Lola est trop contente de tomber sur un documentaire consacré à Agatha Christie. Elle dévore ses romans en ce moment, alors ça tombe très bien ! Comme nos hôtes parlent anglais nous pouvons bien échanger sur divers thèmes. L’actualité c’est Donald Trump et sa déclaration sur Jérusalem. Autant dire que les Iraniens sont plutôt furax… C’était déjà pas les grands amours entre eux et les États-Unis, mais là, c’est de pire en pire. Et puis ils nous posent beaucoup de questions sur le pourquoi de notre voyage, sur ce que nous avons vu en Europe, sur les camps de concentration… Cette question de la guerre leur parle d’autant plus que Fouzieh a perdu sa maman et sa sœur quand elle était toute petite, pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988).  Cette guerre qui a fait autant de morts que la première guerre mondiale en Europe (1.2 millions) et des centaines de milliers de blessés n’aura finalement rien apporté du tout, ni à l’Iran, ni à l’Irak. Les soldats tués, les “martyrs” ont leur portrait ou photo (plus ou moins bien conservés depuis les années) d’affiché à l’entrée de leur village/ville d’origine dans tout le pays…

Autour Kashan - mosquée (41)Sur la route

Au réveil le lendemain matin, l’actualité sur les chaines françaises c’est un tout petit peu la mort de Jean d’Ormesson et beaucoup celle de Johnny Hallyday. Des images retraçant sa carrière et sa vie familiale passent en boucle, des extraits de ses plus grands tubes aussi… c’est triste. Nous ne sommes pas particulièrement fans mais quand même, ça fait vraiment bizarre de se dire qu’une page de la musique française se tourne définitivement. Et le plus bizarre pour nous, c’est de l’apprendre dans un foyer iranien. Nous remercions encore nos hôtes pour leur chaleureux accueil puis nous reprenons la route en écoutant Johnny… Nos pensées vont vers toutes ces familles qui pleurent un proche en ce moment, celle d’un grand homme de lettre, celle d’une star de la chanson, celle d’un anonyme qu’on aimait beaucoup…

A Pierre  Triste

8 commentaires sur « Yazd : une oasis dans le désert »

  1. Merci encore de nous faire partager votre aventure et de nous faire découvrir des pays où l’on ira sans doute jamais. Nous pensons très souvent à vous. Profitez et faites attention à vous. Gros bisous

    J'aime

  2. Coucou les Plem’Mobiles,
    C’est toujours avec plaisir que je découvre vos photos et vos récits. Que dire de plus, si ce n’est MERCI de nous faire partager tout cela. Hâte moi aussi de découvrir un nouveau pays, qu’il soit proche ou lointain.
    Bonne route à vous.

    J'aime

  3. Que de belles rencontres et en plus des campings caristes comme vous et des habitants du pays pour des échanges fructueux
    Continuez à nous faire rêver et nous montrer de jolies photos
    On vous aime toujours et bon vent à vous
    Maryse et Daniel vos auvergnats

    J'aime

  4. Merci de nous faire découvrir des endroits méconnus au travers de vos récits et magnifiques photos.
    Bonnes fêtes de fin d’année et nous vous souhaitons encore beaucoup de jolies rencontres.
    Les anciens voisins de la rue de La Croix Rouge!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s