Autour du pont de la rivière Kwaï

La région de Kanchanaburi porte en elle une histoire tragique, celle de la construction de la “voie ferrée de la mort” entre la Thaïlande et la Birmanie, pendant la seconde guerre mondiale. Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, rien de tel que la visite du “Death railway museum” dans le centre de Kanchanaburi.

Kanchanaburi - musée Death Railway museumKanchanaburi - musée Death Railway museum (1)Kanchanaburi - musée Death Railway museum (3)

Une bonne révision d’histoire pour nous rappeler qu’entre 1942 et 1943, les Japonais occupent la Thaïlande et ont des vues d’expansion bien plus large en Asie. C’est dans ce contexte qu’ils décident de relier la Thaïlande à la Birmanie par le biais d’une voie de chemin de fer, leur permettant d’être approvisionnés rapidement pour conquérir d’autres terres… Devant l’ampleur de la tâche, les Japonais mobilisent des milliers de travailleurs  venant de tout le sud-est asiatique mais aussi leurs prisonniers de guerre. On estime que 180 000 civils autochtones et 60 000 prisonniers de guerre alliés (Britanniques, Australiens et Néerlandais pour la majorité) ont été forcés de travailler à la construction de 415 km de voie ferrée dans des conditions extrêmement difficiles. Les ingénieurs avaient estimé à 3 ans la durée des travaux pour rejoindre les deux pays mais l’armée japonaise contraignit ses travailleurs à tenir un rythme effréné et la voie fut terminée en 16 mois, avec un bilan effroyable de plus de 100 000 morts. Au musée ils ont représenté le nombre de morts par région sur des planches avec des clous de chemin de fer (1 clou pour 500 morts) : 16 000 prisonniers de guerre et environ 90 000 autochtones.

Kanchanaburi - musée Death Railway museum (9)

Pourquoi autant de morts? Pour la difficulté du travail en lui-même : il se faisait essentiellement à la main, avec de simples outils alors que la tâche était immense. Du coup les hommes travaillaient jour et nuit avec très peu de temps de repos et de nourriture (de maigres portions de riz souvent arrosées de kérosène, conséquence des bombardements des alliés sur les réserves). Ils avaient parfois des kilomètres à faire à pied dans la jungle avant de rejoindre leur camp après une journée de labeur. Le climat chaud et humide empêchait certaines blessures de cicatriser, contribuait au développement de toutes sortes de maladies. La malaria, le choléra et le paludisme ont décimé bon nombre d’entre eux. Ajoutez à cela les mauvais traitements et tortures infligés par les Japonais et quelques bombardements alliés…

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Le musée est construit juste en face du cimetière militaire des alliés où s’alignent 6982 tombes de prisonniers de guerre.

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C’est sur cette voie ferrée qu’a été construit à quelques kilomètres de Kanchanaburi, le tristement célèbre Pont de la rivière Kwaï, que nous devrions d’ailleurs prononcer Kwaé. Célèbre tout d’abord par le roman écrit en 1952 par Pierre Boulle, puis encore davantage par l’adaptation au cinéma de David Lean en 1957. Certes l’Histoire a inspiré la fiction mais de manière vraiment romancée…

Ce pont ferroviaire a été en grande partie bombardé par les Américains à la fin de la deuxième guerre mondiale. C’est donc une reconstruction que nous avons devant nous, et le site est très touristique, mais n’empêche, cet impressionnant ouvrage de 300m de long  mérite le déplacement.

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Toutes les 30 minutes un train passe et des dizaines de touristes rejoignent alors les refuges sur le côté pour prendre des photos.

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Vue depuis le pont:

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Nous bivouaquons juste de l’autre côté, avec vue sur le pont dans la salle de classe !

Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (34)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (14)

J’aime bien l’ambiance de ces lieux touristiques, tôt le matin, quand il n’y a encore personne sur place Clignement d'œil

Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï (2)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï (6)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï (11)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï (9)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï (7)

Mais le soir c’est beaucoup moins calme par ici, avec le night market, un marché où l’on peut manger dans des petits stands, acheter quelques vêtements, bijoux… on en trouve dans de nombreuses villes en Asie. Mais la particularité de celui-ci c’est qu’il prend des airs de camp de prisonniers de guerre, pour rester dans le sujet bien sûr…

Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (4)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (32)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (29)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (28)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (17)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac (8)Kanchanaburi - Pont de la rivière Kwaï - bivouac

Nous continuons à nous intéresser à l’histoire de cette voie ferrée en la longeant plus ou moins par la route. Mais il est aussi possible d’embarquer à bord d’un train pour parcourir tout ou partie des 130km de voie ferrée encore utilisée aujourd’hui .Elle passe par le seul pont à tréteaux encore d’origine sur cette ligne, le Wang Po viaduct, près de Sai Yok, avec une jolie grotte en prime.

Sai Yok - Wang Po viaduct (22)Sai Yok - Wang Po viaduct (23)Sai Yok - Wang Po viaduct (11)Sai Yok - Wang Po viaduct (13)Sai Yok - Wang Po viaduct (16)Sai Yok - Wang Po viaduct (20)Sai Yok - Wang Po viaduct (5)

Et le terminus se situe à Nan Tok, où repose une vieille locomotive de l’époque, non loin d’une petite cascade.

Nam Tok terminus (2)Nam Tok terminus (4)Nam Tok Waterfall (4)

La ligne de chemin de fer actuelle s’arrête ici, ensuite la nature a repris ses droits et il ne reste que quelques traces… jusqu’au Hellfire pass, le “col du feu de l’enfer” ,une tranchée qui a nécessité 3 mois de construction à un rythme effréné, par des équipes de 500 prisonniers qui travaillaient de 16 à 18h par jour… En leur mémoire les Australiens ont construit ici un mémorial avec un petit musée qui vient compléter les informations de celui de Kanchanaburi.

Hellfire pass (35)Hellfire pass (23)Hellfire pass (20)Hellfire pass (19)Hellfire pass (17)Hellfire pass (16)Hellfire pass (13)Hellfire pass (11)Hellfire pass (7)

Ensuite il est possible de marcher 2km (aller) sur le tracé des voies d’origine en écoutant un audio-guide en anglais avec plein de témoignages émouvants et d’anecdotes racontées par les survivants. Ceci rend la marche vraiment poignante, car on est tiraillé entre la beauté sauvage de la nature qui nous entoure et le drame qui s’y est déroulé il y a près de 80 ans. En plus il fait une chaleur écrasante, on sue à grosses gouttes alors qu’on ne fait que marcher…

Hellfire pass (3)Hellfire pass (37)Hellfire pass (26)Hellfire pass (31)Hellfire pass (27) Hellfire pass (32)

Au delà des 2km, la voie n’est plus entretenue et recouverte de végétation, il faut faire demi-tour et revenir au musée. Mais nous repérons un endroit bien calme pour bivouaquer et revenons avec Harry pour le reste de la journée que les enfants occupent à tailler du bambou.

Bivouac Hellfire pass (3)Hellfire pass (36)Bivouac Hellfire pass (7)Bivouac Hellfire pass (6)Bivouac Hellfire pass (4)

Dans un tout autre sujet, avant de vous quitter, je vous parle d’un endroit un peu spécial que nous avons visité. En bord de route, à l’aller, une énorme statue de tigre avait attiré notre attention et j’étais allée rechercher sur internet pour voir si c’était un zoo ou autre. J’ai alors réalisé qu’il s’agissait d’un temple très connu et très touristique (le Wat Pha Luang Ta Bua appelé “Tiger temple”) dont j’avais déjà vu de nombreuses photos sur internet :  touristes posant à côté de tigres ou moines en toge orange promenant ces gros félins en laisse dans un canyon. Endroit aussi connu que controversé, avec des articles de presse tous plus accablants les uns que les autres… Maltraitance, drogues, commerce illégal, et j’en passe…  Bref, en 2016 les autorités ont fini par trancher en disant que le temple n’avait pas les autorisations officielles pour détenir les tigres, pas plus que celles pour les ours et les calaos ( un oiseau exotique) qu’ils ont trouvés sur place. Ils les ont tous confisqués et ce fut la fin de l’attraction touristique. Lors de la perquisition ils ont retrouvé les corps de 40 bébés tigres au congélateur et 20 autres dans le formol, ainsi que des centaines d’amulettes faites avec des os ou de la peau de tigre…

The tiger temple (1)The tiger temple (37)

Mais j’avais lu que le temple possédait aussi plein d’autres animaux alors par curiosité on s’est dit qu’on allait y faire un tour. En effet, c’est une vraie arche de Nöé, avec plus de 1000 animaux qui déambulent en toute liberté, se mêlant les uns aux autres dans une tranquillité remarquable. On trouve entre autres différentes sortes de vaches, des gazelles, des cerfs et un nombre incroyable de sangliers. Comme les touristes ont déserté les lieux il y a plein de bâtiments abandonnés et les animaux sont partout, ce qui rend l’ambiance particulière… Les animaux ont l’air heureux et en bonne santé, ils continuent d’être nourris par les moines du temple, des volontaires, les habitants des environs et les gens de passage…

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Nous sommes invités à prendre le petit-déjeuner en même temps que les moines, l’occasion de rencontrer des volontaires internationaux travaillant ici depuis de nombreuses années et qui ont bien connu les tigres. Ils viennent clairement nuancer notre façon de voir la situation.Tout comme je vous expliquais la dernière fois au sujet des éléphants, il n’est vraiment pas facile de faire la part des choses.

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Par exemple, vu de l’extérieur on trouve bizarre qu’il reste toujours un lion dans un enclos. Mais on nous explique que ce lion a été emmené ici il y a 13 ans, sauvé des mains de la mafia qui s’en servait de “chien de garde”, et comme il n’y a pas besoin d’autorisation pour détenir un lion en Thaïlande, ils ont pu le garder… il y a quand même des choses bizarres parfois ! Il faut savoir qu’à la base, ce temple était comme tous les autres de Thaïlande, à savoir que régulièrement il recevait de la part des habitants des animaux abandonnés afin de  s’en occuper. Aujourd’hui ce sont principalement des chats et des chiens qu’on leur emmène, mais il y a 20 ans, en plus des autres animaux plus classiques, ce sont des bébés tigres que ce temple a dû accueillir. Il arrivait que des habitants les retrouvent abandonnés dans la nature, ou que leur mère avait été tuée, ou que certaines personnes qui en avaient comme animal de compagnie cherchent à s’en débarrasser . Au fur et à mesure qu’ils en ont accueillis il a fallu trouver de l’argent pour tous les nourrir, alors le business touristique s’est peu à peu installé.

Pour les volontaires encore présents la plupart des accusations contre le temple sont fausses et il ne s’agit que de politique, de corruption et de gros sous. On nous explique que ça a vraiment été dur pour les moines de voir les tigres partir alors qu’ils s’en occupaient depuis qu’ils étaient bébés. Mais le plus dur restait à venir car après 3 ans, 90 des 147 tigres confisqués par les autorités, sont morts. Pour les gens du temple c’est à cause des mauvaises conditions de vie imposées aux tigres depuis leur départ (cages trop petites, manque d’exercice…) alors que les autorités parlent de maladies dues à la consanguinité et au croisement de sous-espèces, qui les auraient fait mourir de toute façon. Je pense que  comme pour tout le reste de cette histoire, rien n’est tout noir ni tout blanc mais qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Il y a probablement eu des personnes aimant réellement ces tigres, d’autres plus naïves, d’autres plus vénales et d’autres mal intentionnées… la vérité ne sera jamais clairement connue, et ce n’est pas parce qu’ils l’ont dit à la télé, dans les journaux ou sur internet que c’est vrai !Tire la langue

@ bientôtClignement d'œil

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